Charles Baudelaire

Une Micro-Histoire by Raymond P. Poggenburg


1847 --- Selon le témoignage de Charles Toubin, Baudelaire se réfugie chez lui pour échapper à ses créanciers lors des échéances de ses billets. Toubin prétend aussi que Baudelaire avait un logement supplémentaire rue de Seine cette année (EJC ). [details]

`22 II 48 --- Charles Toubin, Courbet, le musicien Promayet et Baudelaire se promènent du début de l'après-midi, vers 3h, jusqu'au soir. A la place de la Concorde, ils assistent à la mort d'un émeutier tué par un garde municipal. Courbet et Baudelaire vont aux bureaux de la Presse pour protester contre cet acte de barbarie (Bandy et Mouquet 9). [details]

23 II 48 --- Toubin, Baudelaire, Promayet et Champfleury traversent la Seine à 1h de l'après-midi et vont au Café de la Rotonde, près de l'Ecole de Médecine, où ils rencontrent d'Abrantès. Ce dernier leur révèle qu'on se bat dans le quartier Saint-Denis; ils s'y dirigent sans attendre. De la place du Châtelet ils entendent la fusillade et arrivent au boulevard du Temple pour apprendre la démission de Guizot et la fin des hostilités. Baudelaire parle de tout cela avec Toubin, avec qui il dîne à 9h du soir. Baudelaire et Toubin reviennent ensuite au Café de la Rotonde, où ils retrouvent Courbet. Le tocsin sonne. Ils courent immédiatement à la place Saint-Sulpice, où les accueillent les coups de feu des gardes municipaux. Ils battent en retraite vers le Pont-Neuf, qu'occupe un bataillon de ligne. Toubin rentre chez lui à trois heures du matin (Bandy et Mouquet 10). A l'Ecole polytechnique, c'est le jour de sortie. Aupick convoque les élèves pour les conseiller de ne pas quitter la sécurité de l'institution. La plupart d'entre eux ont décidé de ne pas suivre son avis mais néanmoins sont rentrés sains et saufs (P-Z 254). [details]

24 II 48 --- Toubin rencontre Baudelaire et Barthet, le matin, au carrefour de Buci. Ils sont armés de fusils de chasse et sont prêts à se battre derrière une barricade qui ne les couvre que jusqu'à la ceinture. Selon Jules Buisson, qui les y retrouve le même soir, Baudelaire s'est servi d'un fusil volé chez un armurier (BDC 100-101). Toubin prétend qu'à cette date l'argent trimestriel de Baudelaire était épuisé (Bandy et Mouquet 11). Pendant que son beau-fils prend part à l'insurrection, Aupick s'efforce de contenir ses élèves à l'Ecole Polytechnique. Ils n'obéissent pas à ses ordres et sortent pour se battre dans les rues (Girard 282). Selon le témoignage de Fargue, élève de première année, Aupick, dans l'amphithéâtre de l'Ecole polytechnique, prend la parole devant tous les élèves. Il les exhorte à la patience et au calme et leur recommande à continuer à lui faire confiance. Les élèves désirent sortir de l'Ecole. Ils voudraient se joindre à la Garde nationale pour se placer entre les combattants mais Aupick ne veut pas leur permettre cette liberté, tout en approuvant leur intention de faire ainsi la paix. Soudain l'Ecole se voit attaquer par des hommes du peuple qui essayent d'en enfoncer les portes. Ces hommes demandent qu'on leur livre les élèves. Pour trancher cette question l'Ecole passe au vote, les élèves choisissant la sortie. Pendant la journée une compagnie de la troupe est assaillée devant l'Ecole par une troupe d'hommes du peuple: un ou deux hommes sont tués. Aupick fait entrer les soldats dans l'Ecole. A ce moment un homme du peuple le couche en joue, et il n'est sauvé que par l'intervention des camarades du tireur et par des élèves qui l'identifient comme commandant de l'institution. Aupick, qui n'accepte pas de rendre les soldats au peuple, ordonne à ses élèves de prendre les fusils des militaires et de les escorter comme prisonniers à leur caserne. Cela fait, le groupe sort par une porte de derrière, et rentre accompagné par les cries d'approbation du peuple (P-Z 254). Charles de Freycinet, élève de seconde année, décrit l'action d'un groupe auquel il appartient. On veut s'interposer entre gouvernement et peuple. Ils consultent leur commandant. Aupick, au lieu de le leur défendre, reconnaît l'inutilité d'un refus. Il leur donne la permission de sortir sur leur parole d'honneur de ne faire que ce qu'ils proposen (P-Z 255). Au cours de ces événements Aupick envoie au duc de Nemours deux messages, l'une pour décrire l'état d'effervescence des élèves, l'autre pour dire qu'il n'est plus maître de l'Ecole (P-Z 256). [details]

27 II 48 --- Premier numéro du Salut public, auquel collabore Baudelaire. Ce journal fut fondé avec 80 francs appartenant à Toubin et à son frère. Le premier numéro a été rédigé au café Turlot, qui faisait le coin de la rue de l'Ecole-de-Médecine et de la rue Hautefeuille. Ce périodique doit son nom à Baudelaire, qui le baptise ainsi (OP I 530). Champfleury, Courbet et Rodolphe Bresdin y collaborent (BDC 103). [details]

1 ou 2 III 48 --- Publication du second numéro du Salut public, grâce à la persistence de Baudelaire, dont les collaborateurs ont perdu beaucoup de leur ardeur. Le soir il en vend des exemplaires dans la rue Saint-Andre-des-Arts. En même temps, dans la rue des Saints-Pères, une jeune femme libre [une veuve] déguisée en ouvrière en faisait autant. Les revenus de cette vente se montant à quelques 12 ou 15 francs, les fondateurs du journal ont décidé d'en abandonner le projet et de dépenser ces profits pour un "magnifique banquet commémoratif" chez Lescophy, rue de Beaune. Y participent les fondateurs, le frère de Toubin et la jeune vendeuse (P-Z 258-259). Ce numéro du Salut public recommande la reprise, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, de L'Auberge des Adrets. Marie Daubrun y jouera (T ). [details]

28 III 48 --- L'Argus publie un article de Nadar, où il se moque âprement de Champfleury. Celui-ci prie Toubin et Baudelaire d'être ses témoins en duel et les envoie provoquer Nadar (Greaves 101). [details]

29 III 48 --- Toubin et Baudelaire se présentent chez Nadar de très bonne heure, de la part de Champfleury. Nadar étant absent, ils lui donnent rendez-vous dans un café, où ils l'attendent toute la journée. Enfin, Toubin sort pour dîner, y laissant Baudelaire. Nadar arrive au café, dit qu'il ne veut avoir affaire qu'avec Toubin et rentre chez lui, d'où il écrit à ce dernier. Il l'informe qu'il part pour la Pologne, se battre aux côtés des Polonais opprimés. A son retour, dit-il, il donnera satisfaction à Champfleury (Greaves 101-102, Toubin). [details]

29 V 48 --- Dans le Bien public Eugène Pelletan cite la Presse de la veille, nommant comme rédacteurs Champfleury, Toubin et Baudelaire (appelé Bandelaire) du Salut public. Le Bien public corrige cette orthographe du nom du poète. Il prétend, lui aussi, que ce journal n'a eu que deux numéros. Champfleury signe ce texte (Pichois F 277). Dans la Revue de Paris (Bruxelles) Champfleury mentionne le Salut public au cours d'un article sur les journaux parus depuis la Révolution de février. Baudelaire est cité comme un des rédacteurs (T ). [details]

avant le 22 XI 49 --- Baudelaire assiste à la répétition générale de La Vie de Bohême, pièce d'Henry Murger et Théodore Barrière. Cette pièce est "cuisinée" à partir des feuilletons du Corsaire-Satan. Y assistent également: Nadar; Banville; Champfleury; Vitu; Privat; Asselineau; Calino; Wallon; Lefranc; Desbrosses; Le Gothique; Bache ("le violoncelliste fou devenu comédien"); Pierre Dupont; Fauchery; Jean Journet; Jules de La Madelène; les frères Toubin; Léon Noël; d'autres (Greaves 129). [details]

26 II 53 --- La Bibliographie de la France enregistre la publication des Caractères et récits du temps, contenant Souffrances d'un houzard de Paul de Molènes (T ). Baudelaire essayera de tirer un drame de ce dernier écrit (OP I 479). La Bibliographie de la France enregistre également la Presse parisienne, publiée chez Krabbe, où Henry Izambard mentionne Le Salut public. Il nomme les membres de la rédaction, Baudelaire, Champfleury et Toubin (BJ 164). [details]